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Vaccins: Entre science et rumeur il faut choisir

Dr François VIE LE SAGE

(Actualité publiée le 17/09/2017)

Vaccins: Entre science et rumeur il faut choisir
Article grand public du Monde dont je suis le co-auteur 1/6/2017

Vaccins : science ou rumeurs, il faut choisir
TRIBUNE. Dans le débat sensible en cours sur la vaccination,
nous avons récemment perçu dans certains médias, y compris
dans les colonnes du Monde, une dérive inquiétante. Elle tend à
donner la parole plus largement aux « lanceurs d’alertes », même
fausses ou non confirmées, qu’aux experts académiques dont
l’exigence de rigueur médico-scientifique est moins vendeuse. On
cherche de plus à disqualifier ces derniers en les accusant
systématiquement de connivence avec l’industrie pharmaceutique
selon une application bien sentie du principe de la théorie du
complot.
Lire aussi : Les mensonges d’une vidéo antivaccins qui circule sur Facebook
Nous pensons qu’un sujet aussi vital que la prévention vaccinale des maladies infectieuses justifie
une présentation plus équilibrée et moins désinvolte.
De quoi s’agit-il ?
Ce que l’on nomme hésitation, voire défiance, envers la vaccination, est un sentiment
compréhensible, particulièrement chez les jeunes parents au moment où leurs enfants vont être
vaccinés. Le principe de vaccination universelle allait de soi lorsque des maladies infectieuses très
fréquentes pesaient lourdement sur la société. Ce principe peut sembler aujourd’hui moins
essentiel, voire optionnel, aux parents qui ne sont plus confrontés aux drames infectieux d’hier.
Sortons pourtant de notre bulle, interrogeons les anciens, allons voir ce que sont les maladies
infectieuses de l’enfance dans les pays défavorisés où les enfants sont encore très insuffisamment
vaccinés, ou dans les pays en guerre comme la Syrie, où la protection vaccinale – parfois établie
de longue date – a volé en éclats avec la désorganisation de la santé publique. Observons ce qu’il
arrive dans nos propres pays lorsque le taux de couverture vaccinale diminue contre des maladies
pourtant considérées comme ayant quasiment disparu.
Pourquoi demeure-t-il essentiel de vacciner nos enfants ?
Parce que si beaucoup de maladies ont été contrôlées, voire éliminées, grâce à la vaccination, les
microbes responsables de ces infections continuent à exister, prêts à resurgir. Seul le virus de la
variole a été éradiqué, ce qui a permis d’interrompre cette vaccination. Si l’on peut espérer un
jour éradiquer d’autres maladies comme la rougeole ou la poliomyélite – nous n’y sommes pas
encore – d’autres, comme le tétanos et la tuberculose, ne pourront sans doute jamais l’être
complètement. Les microbes circulent, le plus souvent, de façon silencieuse.
Lire aussi : En Inde, le dernier round contre la polio
Des exemples ? Cessons la vaccination contre la coqueluche comme ce fut le cas dans certains
pays industrialisés et la maladie resurgit dans les mois qui suivent, touchant de très jeunes
nourrissons, parfois de façon mortelle. Parce que le taux de couverture vaccinale contre la
rougeole est insuffisant, la France sort à peine d’une épidémie qui a frappé au moins 25 000
personnes entre 2008 et 2015 alors que la maladie était presque éliminée. Un millier
d’hospitalisations en soins intensifs, 10 décès ! En France, en 2015… Qui a entendu ces chiffres,
qui s’en est ému ? Dix vies perdues car la vaccination était impossible du fait d’un trop jeune âge
ou d’un traitement immunosuppresseur et la couverture vaccinale insuffisante ne leur a pas offert
le bénéfice de l’immunité de groupe. La rougeole n’est donc pas qu’une maladie bénigne. Elle
peut se compliquer dramatiquement et des épidémies européennes et américaines récentes
confirment qu’elle ressurgit dès que nous baissons la garde vaccinale.
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Lire aussi : « Le fiasco de la vaccination contre la grippe H1N1 en 2009 a semé le trouble dans
la population »
De trop nombreux cas de méningites bactériennes, parfois mortelles ou source de séquelles graves
(amputations, surdité) sont encore observés dans notre pays alors que les vaccinations pourraient
en éviter la plupart. D’autres exemples peuvent être mentionnés comme le défaut de protection
des jeunes adultes contre l’hépatite B ou encore la très faible couverture vaccinale en France –
mais pas chez nos voisins ! – contre les infections à papillomavirus responsables de nombreux
cancers, dont celui du col de l’utérus, une approche pourtant essentielle, en combinaison avec le
frottis, pour éliminer ce cancer. La prévention des gastro-entérites, des bronchiolites, maladies
omniprésentes, pourrait aussi bénéficier de l’utilisation large de vaccins existants ou à venir. La
tuberculose ayant reculé chez nous, mais pas sur la planète, le BCG, son vaccin, n’est plus
systématiquement recommandé en France sauf dans des zones ou chez des enfants à risque, ce qui
au demeurant montre que les autorités sanitaires ne sont pas arc-boutées sur la vaccination comme
un dogme intangible.
La morale de ces histoires ? Car il faut bien parler de morale ou d’éthique collective : le vaccin
protège certes individuellement, mais aussi collectivement, en particulier les plus vulnérables,
celles et ceux qui ne peuvent être vaccinés, à condition que la couverture vaccinale soit suffisante.
La santé publique est un édifice fragile nécessitant une permanente adaptation. Dans le domaine
des maladies infectieuses, elle repose sur trois piliers : l’hygiène, les agents anti-infectieux et les
vaccins. L’un d’eux faiblit, c’est l’ensemble de l’édifice qui vacille. L’hygiène a largement
contribué à contrôler les maladies infectieuses, au moins celles transmises par l’eau ou par des
insectes vecteurs contrôlables (choléra, peste), mais pas les autres. L’hygiène seule, collective et
individuelle, est une barrière fragile, facilement submergée par des microbes pathogènes, dont les
stratégies sont redoutables et virtuellement adaptables à toutes les situations.
La « santé ou l’immunité naturelle » est un fantasme potentiellement dangereux. Ce concept
pourrait conduire au pire scénario de réapparition d’épidémies. L’utilisation excessive des
antibiotiques dans le monde médical et vétérinaire ainsi que pour l’élevage sur une grande partie
de la planète a généré une situation de résistance si généralisée que faute de nouveaux
antibiotiques – et ils se font attendre – nous pourrions, après un siècle, perdre ce miracle de la
médecine. Imaginez un monde sans antibiotiques… Les vaccins réduisent l’usage des
antibiotiques en diminuant la fréquence de certaines infections, donc des traitements
anti-infectieux, donc de la pression sélective de résistance. Si dans ce même élan régressif nous
étions amenés à revenir vers un monde sans vaccins, nous rétablirions les conditions d’une
insécurité sanitaire particulièrement dangereuse et mettrions en danger grave l’équilibre déjà
fragile de nos systèmes de santé.
Une fraction de la population et aussi des professionnels de santé doutent de certains vaccins. Ils
en oublient les bénéfices et en amplifient les risques à l’écoute d’allégations non fondées. Il faut
entendre ces doutes mais y réagir en faisant effort de pédagogie et de rigueur scientifique.
Lire aussi : Inconditionnelle vaccination
Les vaccins administrés aux enfants confèrent une protection très élevée assurant, de par leur
utilisation universelle, une couverture suffisante pour espérer l’élimination des maladies ciblées.
Les bruits selon lesquels ils causeraient ou aggraveraient les maladies concernées sont infondés et
immunologiquement absurdes. Un doute sur la sécurité ? Les nouveaux vaccins bénéficient
d’essais cliniques et d’une couverture de pharmacovigilance équivalents voire supérieurs à ceux
de tout médicament.
Cela posé, oui les vaccins peuvent dans de rares cas être responsables d’effets indésirables. Il
existe des accidents allergiques rares, le plus souvent prévisibles par l’interrogatoire et des effets
locaux d’inflammation, voire généraux. Ils sont pour l’essentiel bénins et causés soit par les
vaccins eux-mêmes soit par la nécessité d’ajouter à certains vaccins un adjuvant qui crée les
conditions d’une meilleure réponse immunitaire et d’une mémoire plus durable.
Ces adjuvants peuvent être de nature diverse, mais les sels d’aluminium utilisés depuis
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quatre-vingt-dix ans dans le monde entier, initialement pour stimuler la réponse aux anatoxines
diphtérique et tétanique, restent les plus utilisés car ils présentent les meilleures performances.
Ces sels d’aluminium génèrent une inquiétude, certes compréhensible, mais largement
irrationnelle. De fait, s’ils avaient créé tout le mal que certains leur prêtent, passées quatre
générations d’utilisation chez des milliards d’individus, les effets adverses devraient en être
visibles à l’échelle de la planète, ce qui n’est pas le cas. En tout état de cause, la rareté de ces
événements ne peut remettre en cause l’analyse bénéfice/risque très favorable de ces vaccins
adjuvantés, comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé.
Lire aussi : La vaccination au coeur d’un thriller scientifique
Cela dit, la science progresse, y compris vers de nouveaux adjuvants, avec pour objectifs
d’améliorer toujours davantage tolérance et durée d’efficacité de la protection. La vaccinologie
n’est pas une science figée.
Les autres allégations sur les risques de sclérose en plaques (hépatite B) et d’autisme (rougeole)
ne sont absolument pas fondées, comme l’ont montré de nombreuses études en France et à
l’étranger. Elles ont malheureusement considérablement nui à la confiance en ces vaccins et
continuent de le faire. Cela ne retire rien à la nécessité de maintenir la vigilance sur la survenue
toujours possible d’effets indésirables rares ou exceptionnels et d’en informer sans ambiguïté
usagers et professionnels de santé.
Pour ajouter à la confusion ambiante, le statut juridique mixte de vaccins « obligatoires » et de
vaccins « recommandés » est un archaïsme qui déroute tant les parents que les médecins. Il est
historique et ne répond à aucun rationnel médico-scientifique. Les vaccins « recommandés » sont
tout aussi importants que les vaccins « obligatoires ».
Lire aussi : Les trois vaccins obligatoires doivent être disponibles sans association avec d’autres
Cette situation a créé une brèche exploitée par les activistes de l’antivaccination et a été
récemment prise en compte par la décision du Conseil d’Etat concernant l’indisponibilité des trois
vaccins obligatoires. Si celui-ci a bien sanctionné cette incohérence actuelle en demandant la mise
à disposition de vaccins permettant de répondre aux seules obligations vaccinales, il a cependant
réfuté l’argumentaire sur l’inutilité et la dangerosité des vaccins « seulement recommandés » qui
sous-tendait la pétition et a laissé entendre que « l’élargissement par la loi de l’étendue des
obligations vaccinales » pouvait aussi résoudre cette confusion. A cela s’ajoutent enfin des
pénuries récurrentes en vaccins, mal expliquées par les autorités et les industriels, laissant planer
un doute sur la cohérence et la transparence de leur gestion.
Lire aussi : Pénurie de vaccins contre l’hépatite B
Lire aussi : Des vaccins en rupture de stock
Au fond, la vaccination est victime de son succès. Ne connaissant plus les maladies qu’elle
prévient, les Français n’en voient plus que les quelques effets indésirables dont l’indéniable mais
rare existence est exploitée sans vergogne par des activistes antivaccins auxquels Internet a offert
une formidable caisse de résonance.
Il est urgent que les médecins et l’ensemble des soignants qui sont en première ligne et garants de
cette médecine préventive, que les Français, en particulier les parents, inquiets et hésitants,
bénéficient d’une formation et d’une information de haut niveau adaptées aux connaissances et à
la sociologie du XXIe siècle sur la vaccinologie et plus largement sur les vrais enjeux de notre
santé publique dans le domaine des maladies transmissibles. En ces temps d’émergence soutenue
de nouvelles maladies infectieuses (300 depuis 1940 !) et de résistances aux antibiotiques, il faut
reprendre ses esprits et agir. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’à chaque émergence d’une
nouvelle maladie (VIH, Ebola, Chikungunya, Zika), la société, les médias se retournent vers les
chercheurs voire vers l’industrie pour mettre rapidement à disposition un vaccin.
Nous, signataires de ce texte sommes des médecins et chercheurs du monde académique, nous
devons à nos concitoyens rigueur scientifique, pédagogie et transparence, les industriels doivent
être conscients de ce même devoir. Ces éléments sont vitaux pour rétablir la confiance. Ne jetons
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cependant pas le bébé avec l’eau du bain, nous avons besoin des industriels pour fabriquer nos
vaccins. Ils sont les seuls à avoir les moyens d’en garantir le développement et la sécurité.
Une mobilisation des soignants et de la population en faveur de la vaccination, sous l’égide des
autorités de santé est aujourd’hui indispensable. C’est notamment ce que recommande le comité
d’orientation de la Concertation citoyenne [présidée par le professeur Alain Fisher, co-signataire
de cette tribune], qui s’est appuyée sur une réflexion collective et approfondie de citoyens, de
professionnels de santé et d’experts.
Lire aussi : Une concertation citoyenne sur les vaccins déconcertante
Ne laissons pas le relativisme et le populisme ambiant (toutes les « opinions » se valent), remettre
en cause une des plus grandes avancées à ce jour de la médecine dans laquelle notre pays a joué
un rôle historique. Nous espérons que nos nouvelles autorités politiques auront à coeur de se saisir
du sujet de la médecine préventive en France, à commencer par celui de la vaccination, comme
vient de le faire le gouvernement italien confronté à une situation identique à la nôtre. La
Concertation citoyenne a montré la voie. Diriger, c’est choisir…
Lire aussi : Abandon du tiers payant et obligation vaccinale, deux dossiers prioritaires sur le
bureau d’Agnès Buzyn
Brigitte Autran, immunologiste, Assistance publique - Hôpitaux de Paris, faculté de médecine
Pierre-et-Marie-Curie
Robert Cohen, pédiatre, infectiologue, groupe de pathologie infectieuse, Société française de
pédiatrie
Alain Fischer, pédiatre, immunologiste, Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Collège de
France
Odile Launay, infectiologue, coordinatrice du groupe vaccination prévention de la Société de
pathologie infectieuse de langue française, faculté de médecine Paris-Descartes
Philippe Sansonetti, infectiologue, microbiologiste, Institut Pasteur, Collège de France
François Vié le Sage, pédiatre, Association française de pédiatrie ambulatoire
Déclaration de liens d’intérêt avec l’industrie : consultez pour chacun des auteurs le site
https ://www.transparence.sante.gouv.fr
Déclarations plus spécifiques :
Brigitte Autran Evaluation immunologique de deux essais cliniques : vaccin Stamaril (étude
financée par l’ANRS et vaccin fourni par Sanofi-Pasteur) et vaccin thérapeutique anti-VIH
(financé par Innavirax)
Robert Cohen Liens d’intérêt disponibles sur https ://www.infovac.fr
Alain Fischer Pas de lien d’intérêt avec l’industrie du vaccin
Odile Launay Investigatrice pour des essais cliniques évaluant des vaccins développés par des
chercheurs académiques et des industriels
Philippe Sansonetti Coordonnateur (2010-2015) de Stopenterics, réseau interacadémique
d’innovation vaccinale contre les infections entériques pédiatriques financé par l’Union
Européenne (FP7) et dont Sanofi-Pasteur et Novartis étaient partenaires
François Vié Le Sage Membre de conseils scientifiques de suivi de nouveaux vaccins et essais
cliniques avec les industriels producteurs (GSK, Sanofi-Pasteur-MSD)
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